L' EXPERIENCE SKANDI HAV

Gérard Fouchard1

Nous étions alors à HongKong à la fin de 1992. Un de ces moments privilégiés après une réunion plus courte que prévue avec Cables & Wireless sur les moyens de partager les équipements de jointage pour que les deux navires de Singapour et de Manille puissent utiliser la technique UJ, le fameux Joint Universel). Les jonques s'activaient devant nous dans un désordre qui faisait craindre un abordage imminent. Pourquoi fallait-il encore travaillé alors que la nuit s'avançait

Yves Lefur m'avait demandé de lui faire une note de synthèse sur les projets de location du Vercors en cette fin d'année 1991/2 et excédaient manifestement les possibilités du navire. Il fallait embarquer simultanément à Port Botany (Unisur), à Calais (Columbus) et à Arco Felice (feston italien). La situation n'était pas nouvelle puisque le Raymond Croze avait déjà posé plusieurs liaisons2 en Méditerranée tout en assurant l'entretien du réseau. Le programme du Vercors n'était pas aussi bien réglé que celui des jonques et le Raymond Croze sans charrue ne suffirait pas à satisfaire les clients inquiets d'autant que la présence du navire en Méditerranée était impérative.

Nous venions de visiter le navire FlexService 3, un navire de forage transformé en câblier par British Télécom. Cable & Wireless avaient déjà sur le marché un gros supply converti : le Northern Installer en partenariat avec l'armateur français Louis Dreyfus et Cie et la société américaine AT&T - Transoceanic transformait le porte container Nexus en navire de pose. La retraite du Long Lines à Honolulu3 commençait.

Pour Yves, la question posée était simple : si le marché était là, il fallait le saisir et nos concurrents avaient déjà franchi le Rubicon. Les poses de câble intéressaient un armateur français alors en partenariat avec Cable & Wireless et il n'y avait pas de temps à perdre. Il fallait donc continuer à rechercher des contrats de pose et sécuriser un navire supply sur le marché spot. Quand à l'administration, si le directeur des câbles sous marins (Jean Claude Mouret) est d'accord, elle devra aménager le navire (Joseph Levrel), l'armer (Gérard Millet) et l'exploiter (Marc Bertron).

L'affaire ne traîne pas et nos deux décideurs décident de relever le défi. Ils confient le projet à Marc Bertron, assisté de Joseph Levrel. Il m'appartiendra de rechercher le navire avec l'assistance de notre courtier, Bruno Sallavuard de Barry Rogliano Salles. Le " business plan " du projet, financé par France Câbles et Radio, fait apparaître un chiffre potentiel annuel d'environ 70 MF. Les dépenses ne devraient pas excéder 60 MF pour couvrir la location annuelle du navire (15 MF), ses frais d'exploitation (15 MF) et l'achat d'un spread (25 MF). Il était prévu que les équipements seraient utilisables sur un nouveau navire si le marché se maintient. Financièrement et techniquement l'affaire est saine. Il fallait faire partager la motivation d'Yves aux personnels des navires qui sont les premiers concernés par le challenge.

C'est un commando qui prit en main le navire sélectionné. Le Skandi Hav, sous pavillon norvégien, est affrété pour 11 mois et arrive à Calais le 11 novembre 1993. Il y fut démobilisé le 10 septembre 1994. La transformation du navire dura 34 jours et sa démobilisation 25 jours. Sur les 333 jours d'affrètement, il y eut 266 journées d'opérations et quelques jours d'aléas météo. Les programmes des navires de pose furent organisés de façon à ne pas installer de charrue à bord du Skandi Hav.

Opérations
Dates
Durée
Chiffre d'affaires
Mobilisation
11 oct. - 13 nov. 1993
34
-
Sea-me-we 2 - S5
14 nov. 1993 - 15 fév. 1994
94
19,8
Essais DP
16 fév. - 20 fév. 1994
5
9,6
Aden - Djibouti
21 fév. - 18 avr. 1994
57
2,3
Columbus 2
19 avr. - 6 juil. 1994
78
28,5
Aphrodite
7 juillet au 15 août. 1994
40
15,0
Kyniras
-
-
-
Démobilisation
16 août. - 14 sept. 1994
25
-
333
75,2

Contrairement aux prévisions initiales4 qui confiaient Unisur au Vercors et Columbus au Skandi, le premier contrat d'Alcatel fut abandonné au Nexus d' AT&T (avec chargement du câble à Toulon) et Columbus fût partagé entre les deux navires. Le chiffre d'affaires généré par le navire a dépassé 75 MF et les dépenses prévues ont été respectées, en particulier les frais du spread de pose qui s'élevèrent à 24,748 MF. Or la plupart des équipements containérisés (salle d'essai, salle de travaux câbles, salle de contrôle de pose, salle de jointage) et la machine à câble ont été installés deux ans plus tard sur le Fresnel.

Yves n'a pas eu l'occasion de connaître les résultats d'une décision qu'il partage avec JC Mouret. Il est décédé quinze jours après à Bombay, après la visite du chantier de la station du SEA-ME-WE2. Le directeur général de FCR (Laurent Mialet) et son successeur (Guy Baron), un ancien des câbles sous-marins ont eu la sagesse de partager ses vues sur ce dossier. Dès l'origine, il était persuadé que l'équipe d'Inscrits Maritimes et de fonctionnaires chargé des opérations et travaillant dans des conditions plus spartiates que sur le Vercors prendraient en main le navire en dépit des conditions spartiates de vie à bord. Sont-elles différentes aujourd'hui ?

Les témoins de cette aventure sont invités à compléter l'article par leurs témoignages sur les opérations qui, partant de Dunkerque et Calais, les ont conduits à Marseille, Aden, Djibouti, en Espagne, en Crète et à Chypre.

1. Administrateur de l’A ACSM et de la FNARH.
2. [1] Poses récentes du Raymond Croze : Rome – Olbia 1988, Palerme – Olbia 1989, Transcan 2 1990 et Ajaccio – Olbia 1991.
3.
Le Long Lines (1963 – 2003) vient d’être retiré du service. Dans une note d’ AT&T datée du 5 septembre 1989, il est précisé que ce navire avait posé 102.782 Km et 5.192 répéteurs et égaliseurs. Ces chiffres sont à comparer aux références du Vercors en 2001 : 113.629 Km dont 8042 ensouillés et 3.773 répéteurs et égaliseurs.
4. Note circulaire de JC Mouret du 20 septembre 1993