OU VA L'ACTIVITE " CÂBLES SOUS-MARINS " ?

Jean Devos,
Président d' Axiom
Membre de "Don Quichotte Consulting "

NDLR. Avec la double autorisation de l'auteur et d'Alain Suard, président de FT-Marine, nous reproduisons l'article du " Journal de Bord " n° 20 de FT-Marine paru en octobre 2002.

Introduction

La vague était trop forte, pour que la sagesse puisse ces dernières années l'emporter.

Des excès inévitables ?.

L'Internet, a fasciné, attiré et généré un surinvestissement. Des prévisions trop optimistes et c'est la bulle. Les prix chutent et la bulle éclate ! L'assagissement est là mais les effets dévastateurs vont se faire sentir quelque temps : les infrastructures sont des investissements lourds, un mal nécessaire, dont le cout doit être partagé. On a construit 12 câbles transatlantiques en 1999 et 2000 ayant chacun la capacité suffisante !!

Finance

Nous sommes entrés brutalement dans un monde où la décision de faire un câble ou pas dépend de la bonne volonté des prêteurs. Mais les marchés financiers mêlent conservatisme et innovation. Ils passent de l'enthousiasme pour les approches innovantes au refus de toute idée, même la meilleure. En outre pas de grandes visions stratégiques, la rentabilité doit être forte et immédiate.

La Technologie.

La Technologie a été un peu négligée par les nouveaux leaders, plus gestionnaires qu'ingénieurs. La part majoritaire du cout d'un système équipé est dorénavant dans les terminaux, ce qui permet d'étaler le cout dans le temps et la capacité d'un câble a été multipliée par 100 !. Cette possibilité d'étalement de l'investissement est un facteur clé dans un environnement où le cash flow est devenu très important. En elle-même, cette évolution technologique sans précédant aurait suffi à satisfaire des besoins pourtant croissants. Il n'y avait nul besoin à y rajouter une compétition sauvage entre des réseaux surabondants, tous basés sur le même business-plan.

Les acteurs

L'idée de " carrier's carrier " est logique dans un monde dérégulé, mais le modèle semble pour l'instant défaillant. Les grands opérateurs ont continué à investir directement pour leurs besoins essentiels, seul moyen d'avoir la capacité au prix coûtant. Par ailleurs, ils sont lourdement endettés. Les restructurations et les consolidations vont continuer. Il en sortira un petit nombre de grands opérateurs. La capacité mondiale de production a été multipliée par 10 entre 1990 et 2000 ! (de 30.000 km à 300.000 km). Le nombre de navires câbliers a suivi, pour atteindre aujourd'hui le nombre de 80 ! Les fournisseurs se sont lancés dans les services, supposés plus rentables. Alcatel, s'est lancé dans la maintenance terrestre et maritime et s'est équipé d'une flotte de navires. Les Japonais se sont épuisés dans leurs luttes intestines. Tous ont offert de financer les projets. Les fournisseurs sortent donc plutôt exsangues, de cette période d'expansion du marché. La situation n'est pas brillante : des réseaux " activés " à 15% en moyenne, les propriétaires sous " administration ", les opérateurs endettés, les fournisseurs exsangues. L'activité est à l'arrêt ..

QUEL FUTUR ?

La croissance du trafic international est forte, entre 50 et 100% par an. Elle est durable, compte tenu, du potentiel Internet large bande. Il y aura donc des besoins de capacité, et l'activité va reprendre. A quel niveau, quand et avec qui ?

1- Quand ?

De nombreuses incertitudes subsistent quand à l'utilisation rationnelle des câbles installés mais on peut affirmer qu'à l'exception des " upgrade ", et de quelques projets régionaux , le vrai redémarrage de l'activité ne se fera pas avant 2005 ,peut-être même un peu plus tard .

2- Quel niveau ?

On ne retrouvera pas le niveau d'activité des années 2000/2001. On va traiter les infrastructures d'une manière plus raisonnable, plus coopérative. Deux réseaux concurrents seront construits, l'un par un consortium de carriers, l'autre par un " carrier's carrier ". La communauté financière sera elle aussi plus prudente. La technologie va continuer à évoluer L' " ultra dense WDM " pourrait multiplier par 10 la capacité d'un câble. La technologie à 40gbits par longueur d'onde est à l'horizon elle aussi. Le marché des câbles sous-marins devrait s'établir à un niveau moyen d'environ 2.5B$/an, environ 60 000Km par an, à un niveau 40% du niveau moyen des années 98/2000.

3 Avec qui ?

Une situation plus modeste en volume, des acteurs moins nombreux, des comportements plus lisibles, des prévisions plus fiables.

-Projets : Les projets seront lancés par de consortiums d'opérateurs, ou parfois par des sociétés adhoc associant opérateurs et investisseurs. Ces deux solutions comportent des difficultés de cohabitation entre carriers concurrents dans un cas, entre carriers et investisseurs dans l'autre. Il faudra du pragmatisme et de la sagesse.

-Fournisseurs : Dur dur !.. Il faudra être petit, performant et pas cher !! Il faut diviser par 3 la capacité de production des usines. Il faudra moins de 10 navires de pose et pas plus de 30 pour la maintenance globale. Les grosses structures comme Alcatel et Tyco ont des révisions déchirantes à opérer : soit se replier sur un métier de base, soit continuer à " tout faire " ? Les opérateurs auront intérêt à partager entre eux les couts de maintenance. Les accords par zones géographiques ont un bel avenir. Le modèle japonais, mieux adapté aux temps de crise, va peut-être s'imposer. Une séparation des compétences : l'électronique chez " les Alcatel ", le câble chez des spécialistes du type " OCC " et les navires chez les propriétaires des câbles. Ce serait une belle ironie de l'histoire.

CONCLUSION :

Il y aura un marché, mais la bulle récente ne peut et ne doit se reproduire. La structure du nouveau business reste à inventer, mais pour les fournisseurs de produits et services, l'avenir appartient à ceux qui seront pointus, réactifs, compétitifs, aux dauphins, pas aux hippopotames !

J DEVOS Juin 2002