LE SAUVETAGE DU PISCES III AU LARGE DE L'IRLANDE

Publié en décembre 2003 par Safety at sea international

Par G.Fouchard

NDLR - La récupération en mer de débris d'une caravelle, de boîtes noires de Boeing, de navettes spatiales ou d'hélicoptères permet de comprendre la nature et l'origine d'accidents spectaculaires et toujours dramatiques. Il faut faire vite car la manifestation de la vérité ne doit pas attendre. En cas de perte d'un engin sous marin (charrues sous marines ou ROV) ou de pièces militaires stratégiques, l'aventure devient anecdotique et le secret (commercial ou militaire) s'impose. Nul n'est à l'abri de ce genre d'incident. Safety at sea international rappelle l'anniversaire d'un accident largement repris dans la presse quotidienne mondiale.
Jeudi 30 août 1973, au moment des vacances, le petit monde des câbles sous marins est traumatisé par une information qui fait le tour du monde. Elle est reprise en boucle par les radios et les télévisions. Il s'agit d'un sous marin habité, le Pisces III, immobilisé au fond de la mer, à 150 MN au large de l'Irlande, avec deux hommes à bord, sans espoir de remonter par ses propres moyens. Mercredi 29 août, à 9h45 GMT, le pilote informe le navire support: "On botttom/1575 ft stern stuck communications every half hour till we sort ourselves out".

La société britannique Vickers dépêchent sur les lieux deux sous marins, Pisces II et Pisces V qui arrivent le lendemain matin sur site. Mais Pisces II casse son bras manipulateur et endommage l'hydraulique de sa rotule. Vendredi, Pisces V est au fond à 6h15 mais passe plus de 6h30 pour retrouver le sous-marin à cause de son gyro défaillant et d'un sonar perturbé par les équipement des chalutiers en pêche. A bord de Pisces III, le sondeur communique une mauvaise indication.
La Marine dépêche le CURV III de toute urgence, un sous marin du type ROV automatique, celui-là même qui repêcha la bombe de Palomares perdue par 2.800 pieds alors qu'il n'est défini que pour 2000 pieds. Le vendredi à 23h59 après une dernière tentative de Pisces V dont la batterie est déchargée, le robot est immergé mais doit remonter pour étancher une fuite d'huile.
Il replonge à nouveau samedi à 9h40 et maille un filin de relevage sur l'œil du submersible à 10h35. A 13h17, Pisces III est à bord de son navire support et son équipage est sauvé. Les pilotes ont passé 3 jours 3 heures et 32 minutes alors que l'autonomie de leur batterie n'est que 48 heures. Par leur self control, ils ont limité leurs gestes et leur consommation d'oxygène.

En dépit de sa conclusion favorable, cette aventure a sonné le glas de la société Vickers et de l'utilisation des sous marins de poche à des fins civiles sur les câbles. AT&T, qui déplora un second incident avec notre ami Gus Dodeman sur le TAT 4 devant Saint Hilaire (mais l'équipage s'en sorti sans intervention extérieure), décida de ne plus utiliser de sous marin habité. Peu après, AT&T lance le programme SCARAB.
Selection du Reader' Digest a publié un article de ce sauvetage réussi d'un équipage de sous marin. Nous incitons nos Amis lecteurs de le rechercher dans leur bibliothèque préférée pour nous le communiquer.